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Il était une fois

Navigation sur le lac

entre hier et demain
3 min.

L’histoire de la navigation sur le lac d’Annecy est le miroir du regard que les hommes ont porté sur cette étendue d’eau, tantôt source d’inquiétude, de contemplation ou de plaisir, et des préoccupations liées aux époques successives : une évolution à l’image de nos modes de vie.

Un lac source de méfiance

Jusqu’au 18ème siècle, le lac, considéré comme une étendue d’eau vaseuse aux rives sauvages envahies de roseaux, effraie. On le pratique par nécessité, pour la pêche et le transport de marchandises. La configuration géographique ne permettant que difficilement de le contourner, il reste la voie de communication la plus pratique entre les rives mais également pour les échanges entre Genève et la Savoie, où circulent minerai de fer, blé, sel… On utilise alors des barques à fond plat permettant de s’approcher du rivage, manœuvrables à la rame ou à la voile. Dans les cas extrêmes ces barques pouvaient mettre jusqu’à 2 semaines pour traverser le lac.

Un lac source de contemplation : l'aube pointe son nez

A partir de 1860, deux événements majeurs accélèrent le développement du tourisme. Au lendemain du rattachement de la Savoie à la France, une somptueuse fête vénitienne (actuelle Fête du Lac) est organisée pour célébrer la visite de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, qui en gardera un souvenir impérissable, jusqu’à le citer parmi ses 3 meilleurs souvenirs à la veille de sa mort, offrant ainsi une notoriété exceptionnelle à la ville et au lac. Ebloui, le couple impérial offre à la ville un bateau à vapeur de 32 mètres à 10 aubes, La couronne de Savoie. En 1866, l’arrivée de la ligne de chemin de fer permet aux touristes huppés qui prennent les eaux à Aix-les-Bains de s’aventurer à Annecy, le temps d’une excursion. Ils découvrent le lac, si pittoresque ! En plein courant romantique, Lamartine et Rousseau sont passés par là, la nature est à l’honneur et le lac devient lieu de promenade, offrant un regard nouveau sur la rive et ses paysages enchanteurs. La Compagnie des Bateaux à Vapeur du lac d’Annecy prospère. Les bateaux et les débarcadères se multiplient : Annecy, Beau-Rivage, Sevrier, Saint-Jorioz, Duingt, Bredannaz, Doussard Bout-du-Lac, Angon, Talloires, Menthon-Saint-Bernard et Chavoires.

Bateau à vapeur à aubes Le France

© Lac Annecy Tourisme / Bateau à vapeur à aubes Le France

Un lac source de plaisirs : des plaisanciers au taquet !

Dès la fin de la première guerre mondiale, la navigation de plaisance voit le jour. Les barques Beauquis, du nom de leur constructeur investissent les canaux. Elles seront fabriquées en bois artisanalement à Saint-Jorioz jusque dans les années 80. L’effervescence grandit et la recherche d’adrénaline est insatiable. Les sports nautiques se développent : voilier, pédalo, bateau à moteur, ski nautique…

Le France, prestigieux bateau à aubes à vapeur au destin tragique – il sombra mystérieusement en 1971 – marque les mémoires. Puis le Libellule, lieu de fête, entre en scène. Il navigue aujourd’hui aux côtés du Cygne, de l’Allobroge, de La Belle Etoile et du Savoie, qui composent la flotte de la Compagnie des Bateaux du lac d’Annecy, propriété de la société aixoise Tourisme Participation depuis janvier 2019, au même titre que la Compagnie des Bateaux du lac du Bourget.

Bateau-croisière à Duingt

© Gilles Piel / Bateau-croisière à Duingt

Espérance III, l’association qui monte un bateau aux Annéciens !

Depuis 2017, un groupe d’Annéciens passionnés, partenaires et mécènes, ont oeuvré de concert pour reconstruire à l’identique l’Espérance, barque à voiles latines de 18 mètres de long qui, il y a une centaine d’années, acheminait matériaux et marchandises d’une rive à l’autre du lac. Un projet patrimonial mais avant tout fédérateur, scientifique et pédagogique. Après plusieurs années de chantier, le bateau a été mis à l’eau à Sevrier à l’été 2021. Enfin, c’est en septembre dernier lors des Journées Européennes du Patrimoine, qu’il fut inauguré et que les Annéciens purent le découvrir à bord, quai Napoléon III, son port d’attache actuel. La formation des équipages est en cours pour que dès le printemps, le bateau puisse enfin larguer les amarres, lors d’une grande fête d’inauguration pour marquer le lancement de la saison.

Mise à l'eau de l'Espérance III

© Espérance III  / Mise à l'eau

En adhérant à l’association, ceux qui le souhaitent peuvent s’investir dans ce projet et même participer aux formations pour apprendre à naviguer. Entre initiations à la navigation, ateliers et conférences in situ, ce bateau observatoire, qui pourra embarquer jusqu’à 12 passagers, est un moyen de mieux comprendre les enjeux environnementaux, l’urgence de préserver les milieux aquatiques de montagne et les eaux du lac. Symbole du passé tourné vers l’avenir, la barque est équipée d’un moteur électrique, technologie de pointe s’il en est, pilotée par une entreprise annécienne ! Objectif affiché : mener les Annéciens en bateau… sur leur bateau !

 

Espérance III

Crédit photo :

  • © Sémaphore – P. Leroy / Barque en bois

Journaliste : Aude Pollet-Thiollier