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Courir pour se retrouver

Outdoor

Courir pour se retrouver

QUAND LES SENTIERS DEVIENNENT UN CHEMIN VERS SOI
Juill. 2026
5 min.

Et si courir n’était pas seulement une question de performance ?

Si, derrière chaque foulée, se cachait une autre quête : celle de la reconnexion à la nature, aux autres et à soi-même ?

Entre les rives du lac d’Annecy, les forêts du Semnoz, les alpages des Aravis ou les sentiers du plateau des Glières, la montagne offre une terre d’inspiration & un terrain d’expression exceptionnel, mais c’est avant tout un espace de liberté et d’équilibre.

Un lieu où l’on vient respirer, ralentir et retrouver l’essentiel.

Pratiques en plein essor, la course à pied et le trail séduisent chaque jour de plus en plus d’aficionados et de passionnés transis, qui, d’amateurs à sportifs aguerris, foulent les sentiers sans compter.

 

Certains d’entre eux défient les lois de la performance et accomplissent des exploits fascinants. Parmi les figures de l’ultra trail, Sébastien Chaigneau a bravé les défis.

L’athlète, installé à Thorens-Glières, a un palmarès hors normes : vainqueur de la Hardrock 100 aux États-Unis, de l’Ultra-Trail du Mont Fuji au Japon ou de la Transgrancanaria, 2e de l’UTMB et 3e de la Diagonale des Fous, Sébastien a longtemps fait partie des meilleurs coureurs mondiaux avant de s’imposer une pause.

Depuis trois ans, il a volontairement mis la compétition entre parenthèses même s’il n’exclut pas le fait de reprendre un jour les dossards. En attendant, ce choix du moment en dit long sur son rapport à la course mais surtout sur sa relation viscérale à la montagne.

Sébastien Chaigneau

Sébastien Chaigneau

Retrouver le sens de la foulée

Dans un univers où les performances, les classements et les chronos occupent souvent le devant de la scène, Sébastien Chaigneau rappelle que l’essence du trail est ailleurs. Au fil de sa carrière, celui qui a partagé les plus grandes courses avec Kilian Jornet ou François D’Haene a toujours revendiqué son attachement à l’instant présent.

 

« Le point de départ, ce ne sont ni les records ni les timings, le préalable à tout, c’est le moment vécu, la sensation de l’instant, tous ces paysages que l’on traverse et ces rencontres qui se font en chemin », confie-t-il. Car, avant de performer, il y a cet amour de la nature, cette fascination pour la faune & la flore, ce besoin d’immersion dans un tout qui raconte quelque chose.

Sortie trail dans la massif du Parmelan

© Peignée Verticale / Sortie trail dans la massif du Parmelan

Une philosophie qui résonne particulièrement aujourd’hui, à une époque où de plus en plus de pratiquants recherchent dans la course à pied un antidote au stress quotidien. Car courir en pleine nature agit souvent comme une véritable parenthèse thérapeutique et le pouvoir de l’immersion en milieu naturel révèle tous ses bienfaits. Le rythme régulier des pas, le souffle qui s’accorde aux reliefs, le silence des forêts ou le panorama qui s’ouvre après l’effort sont autant d’expériences vécues qui viennent sublimer la notion même d’effort.

 

Sur les sentiers autour d’Annecy, il suffit parfois d’une heure au lever du jour pour retrouver cette sensation rare d’être pleinement présent, à condition de sortir un peu des sentiers battus, de choisir les créneaux moins prisés et de rester en accord avec soi et avec l’environnement que l’on emprunte le temps d’une escapade.

Vivre la montagne comme un terrain de reconnexion

Car le trail n’est pas seulement un sport d’endurance ni même une poursuite effrénée du mieux et du plus. C’est avant tout une manière de vivre la montagne. Contrairement à une pratique purement compétitive, la sortie trail peut devenir une expérience sensorielle complète. Observer les lumières changeantes sur le lac, écouter le vent bruisser dans les épicéas, croiser le pas des bouquetins sur une crête ou simplement partager une montée avec des amis sont autant de moments qui donnent du sens à l’effort.

 

Une dimension sensible et humaine qui fait partie intégrante de la culture trail. Sébastien Chaigneau évoque régulièrement l’importance de la camaraderie et de l’authenticité dans son approche de la discipline. Derrière les exploits sportifs, ce sont souvent les souvenirs partagés et les sensations vécues qui restent le plus en mémoire ; les copains que l’on sent dans la difficulté et que l’on encourage, le panorama qui s’ouvre et donne un nouveau souffle après une grimpée ardue ou même les conditions météo qui changent et donnent un profil inattendu à la sortie.

 

Partir courir avec quelques copains après le travail, organiser une sortie au Semnoz le week-end ou découvrir un nouvel itinéraire dans les Bauges devient alors bien plus qu’une séance d’entraînement. C’est un rendez-vous, une occasion de créer du lien, de vivre une aventure accessible et de nourrir ce besoin fondamental de contact avec la nature.

Toute une démarche qui ne va pas sans une condition sine qua non : préserver les richesses de ce milieu que l’on emprunte.

Rencontre sauvage dans le massif de la Tournette

© Peignée Verticale / Rencontre sauvage dans le massif de la Tournette

Respecter les milieux et les usages

Car cette reconnexion à la montagne implique également une responsabilité. Les paysages qui font la beauté du bassin annécien ou des sommets du massif des Aravis sont des espaces fragiles.

Chaque année, la fréquentation des sentiers augmente, attirant sportifs, randonneurs et amoureux des grands espaces. La multiplicité des pratiques peut parfois rendre la cohabitation difficile et chacun doit garder à l’esprit que la montagne est avant tout un milieu naturel dans lequel vivent une diversité d’espèces végétales et animales mais aussi où la tradition pastorale, qui participe à l’entretien des espaces et des paysages, est une activité majeure.

 

Pour que chacun puisse continuer à profiter durablement de ces territoires, quelques principes simples s’imposent. Le premier consiste à rester sur les sentiers balisés et à ne pas franchir les clôtures mises en place dans les alpages. Sortir des tracés officiels peut accélérer l’érosion des sols, fragiliser la végétation, perturber la faune locale et les troupeaux qui paissent. La vigilance est en effet particulièrement importante dans les secteurs d’alpage ou dans les zones naturelles sensibles au cœur desquelles certaines espèces trouvent refuge et ont besoin de calme pour se reproduire.

 

Le respect de cet environnement mais aussi celui des autres usagers fait intrinsèquement partie de l’esprit trail. « La montagne n’appartient à personne, elle appartient aux animaux & à cette nature et c’est à nous de nous fondre dans cet environnement en y laissant le moins de traces possible, elle se partage, dans le respect », rappelle Sébastien Chaigneau.

Respect de l'environnement et des sentiers balisés

© Peignée Verticale / Respect de l'environnement et des sentiers balisés

Retrouver le goût de l’aventure

L’une des plus belles leçons du trail et de la course en montagne est sans doute celle-ci : nul besoin de partir à l’autre bout du monde pour vivre une véritable aventure.

Nos contrées offrent une multitude de paysages, des atmosphères qui vibrent à la lueur de la lumière qui fluctue au fil de la journée et des saisons et tout un panel d’expériences à savourer pleinement.

 

Sébastien Chaigneau a couru sur les sentiers mythiques du bout du monde. Mais comme beaucoup de montagnards, il sait aussi que les émotions les plus fortes naissent souvent à quelques kilomètres de chez soi. Autour d’Annecy, les possibilités sont infinies. Une boucle dans la forêt, une ascension vers un lac d’altitude, la traversée d’un plateau ou la foulée au cœur d’un alpage offrent déjà ce sentiment d’évasion que recherchent tous les amoureux d’outdoor.

Vivre la montagne pour le goût de l'aventure

© Peignée Verticale / Vivre la montagne pour le goût de l'aventure

Pour autant, le succès de la pratique n’exclut ni la connaissance des milieux, ni celle de ses capacités. Vivre la montagne harmonieusement, c’est choisir le bon moment et les bonnes conditions, anticiper le parcours et le meilleur moment pour s’y aventurer, se préparer physiquement et s’équiper comme il se doit.

La montagne n’est pas un espace anodin, elle comporte ses risques et ses pièges. Et l’activité physique, elle, ne s’improvise pas. Elle nécessite un minimum d’acclimatation et de matériel adéquat.

 

Et comprendre que l’essentiel n’est finalement ni dans la distance parcourue ni le dénivelé accumulé mais qu’il se cristallise dans ce moment où l’on quitte le tumulte du quotidien pour retrouver le contact avec les éléments. Ce moment où la respiration se cale sur le rythme des pas. Ce moment où l’on porte le regard sur ce qui nous entoure, où l’on apprécie un silence et où l’on s’émerveille du vol d’un gypaète, de la crête d’un tétras lyre, d’une jonquille qui éclot ou d’une gentiane qui prospère dans la terre qui l’a vue naître.

Dans un monde qui se vit en cavalcade, la montagne nous rappelle une vérité simple : avancer n’est pas forcément une question de rythme, c’est avant tout une question de présence.

Profiter de la montagne pour se retrouver soi-même

© Peignée Verticale / Profiter de la montagne pour se retrouver soi-même

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Crédit photo haut de page :

  • © Peignée Verticale

Journaliste : Gaëlle Tagliabue